Croire au destin

Croire au Destin

 

Croire au destin [Qadar] est un des fondements du dogme ['Aqida] islamique. Il constitue le sixième pilier de la foi. Celui qui le dénie s'exclut de la religion de Dieu Tout-Puissant.

Le Destin est la science de Dieu, qui embrasse l'avenir des créatures. Le Décret est l'existentialisation des choses selon la science et la volonté de Dieu. Le dogme du destin repose, en vérité, sur la foi dans les attributs de Dieu et Ses plus beaux noms dont : la Science, la Puissance et la Volonté.

Le Très-Haut dit : « Certes Il sait tout » (Coran 2.29) ; « Il peut tout » (Coran 57.2) ; « Il fait ce qu'Il veut » (Coran 85.16)

Qu'est ce que la foi dans le Destin ?

Tout musulman doit croire au Destin imparti en bien comme en mal. Y ajouter foi revient à admettre la science éternelle de Dieu, Sa volonté agissante et Sa toute puissance. Ibn Taymiyya a dit dans « Al-'aqîda Al-Wâsitiyya » - à propos de la foi dans le destin : « La foi dans le Destin comprend deux degrés : chaque degré englobe deux aspects :

Le premier degré :

Croire que Dieu connaît de par Sa science éternelle les oeuvres des créatures, leurs états : Obéissances et désobéissances, subsistances (Rizq) et termes de vie (Ajal). Dieu a ensuite consigné dans la Table protégée (Lawh Al-Mahfuz) les destinées des créatures. Lorsque Dieu créa la Plume (Qalam), Il lui ordonna : « Ecris ! » et elle demanda « Que dois-je écrire ? » Il dit : « Ecris ce qui, jusqu'au Jour de la Résurrection, aura lieu. » Aussi, ce qui atteint l'homme ne pouvait le manquer et ce qui le manque ne lui était pas destiné. L'encre des plumes a séché et les feuillets ont été rangés.

Le Très-Haut dit : « Ignores-tu que Dieu sait ce qui est dans le ciel et la terre ! Cela se trouve dans un Livre. Cela est pour Dieu facile. » [Coran 22.70]. Il a dit aussi : « Nulle calamité n'atteint la terre ni vos personnes qui ne soit consignée dans un Livre, avant que Nous la fassions survenir. En vérité, cela est aisé pour Dieu » [Coran 57.22]

Le deuxième degré :

Croire en la puissante Volonté de Dieu, et en Son pouvoir universel ; autrement dit au fait que ce que Dieu veut, se produit, et inversement ce qu'Il ne veut pas, ne saurait être. Il n'est de mouvement (Haraka) ni de repos (Sukûn), dans les cieux et dans la terre, qui ne procède de Sa Volonté, pureté à Lui. Aux serviteurs ('Ibad), Il a enjoint d'obéir à Lui ainsi qu'à Ses Envoyés, et Il leur a interdit la rébellion (Ma'siyya).

Dieu - Pureté à Lui - aime les pieux, le bienfaisants et les justes. Il est satisfait de ceux qui ont cru et accompli des oeuvres pies, mais Il n'aime pas les négateurs, et n'agrée pas les pervers (Fâsiq). Il n'ordonne pas la turpitude et n'accepte point l'infidélité de Ses serviteurs. Il n'aime pas non plus la corruption. Les serviteurs sont les auteurs véritables des actes qui sont les leurs, Dieu est cependant le Créateur de leurs actes. Par serviteur, il convient d'entendre aussi bien le croyant, le pieux, le prieur et le jeûneur que le négateur et le pervers. Les serviteurs ont une puissance sur leurs actes et ont une volonté, mais Dieu est - conformément à Sa parole - le Créateur de leur pouvoir et de leur vouloir.

De ces paroles d'Ibn Taymiyya, il ressort que la foi dans le Destin comprend quatre degrés :

1 - La foi en la Science éternelle de Dieu. Dieu connaît les actes de Ses serviteurs avant même que ces derniers ne les accomplissent.

2 - Tout est inscrit dans la Table protégée.

 3 - La Volonté de Dieu et Sa toute Puissance.

4 - Dieu a existencié toutes les créatures. Il est le Seul Créateur et tout ce qui est en dehors de lui, est création.

Le Destin auquel il faut croire peut être - au regard des gens et des créatures - un bien ou un mal ; tandis que pour Dieu Tout-Puissant, il n'est que bien, le mal ne pouvant Lui être attribué. La Science de Dieu, Sa puissante volonté, Sa prédestination et Sa création des réalités adventices, constituent une sagesse, une justice, une miséricorde et un bien. Le mal ne découle pas des attributs de Dieu - Exalté soit-Il - ni de Ses actes. Dieu est au-dessus de toute insuffisance et de tout mal. Il a la perfection absolue et la majesté achevée.

C'est pourquoi, il ne convient pas de Lui attribuer le mal séparé du reste (de la création), ce dernier pouvant être inclus dans l'ensemble de ce que Dieu crée : « Dieu est le Créateur de tout. » (Coran 39.62). Le mal peut aussi être imputé à Celui qui est à l'origine de tout : « Dis : Je me réfugie près du Seigneur de l'aurore contre le mal qu'il a créé. » (Coran 113.1)

La vérité est que Dieu ne crée pas de mal qui soit absolu à tous les points de vue, cela allant à l'encontre de Sa sagesse, Gloire à Lui. L'on ne peut concevoir que Dieu - Exalté soit-Il - veuille une chose qui soit sous tous les rapports un mal ne comportant aucun intérêt ; Dieu détient tout le bien, mais le mal ne peut Lui être imputé. Au contraire, tout ce qui est attribué à Dieu est un bien et si le mal lui était imputé, il ne serait pas un mal. Etant une création de Dieu et une oeuvre de Sa volonté, le mal n'est pas un mal.

La maladie, par exemple, est un mal et un malheur qui frappe l'homme dans l'immédiat, mais elle renferme pour lui quelque bien dans l'avenir. Elle est aussi un bien du point de vue de Dieu Tout- Puissant, Dieu cernant ses conséquences : la rémission des péchés et la purification de l'âme.

De la même manière, la séquestration des croyants par les ennemis de Dieu est, sous le rapport apparent, un mal en raison des souffrances et des épreuves que subissent les croyants. Toutefois, c'est une purification des âmes, une épuration des rangs des croyants, une éducation des esprits, sans parler de la récompense insigne et du bienfait universel qui s'ensuivent.

La création même de Satan renferme beaucoup de sagesses apparentes : le retour des gens pécheurs à Dieu, la mise en exergue de la servitude ['Ubûdiyya] des croyants à Dieu - Exalté soit-Il - par l'effort qu'ils fournissent pour faire face à Satan et à ses partisans, la patience face aux manoeuvres de séduction et d'égarement de Satan, la fuite vers Dieu et la recherche du refuge auprès de l'appui ferme de Dieu.

Les incroyants prétextent le Destin pour justifier leur impiété :

Les associateurs ont cherché à prétexter du Destin de Dieu et de Sa volonté pour trouver une excuse à leur associationnisme. Pour eux, si Dieu n'avait pas voulu qu'ils soient ce qu'ils sont, ils ne le seraient pas. Mais, Dieu rendit vains leurs arguments : « Ceux qui ont associé diront: "Si Allah avait voulu, nous ne lui aurions pas donné des associés, nos ancêtres non plus et nous n´aurions rien déclaré interdit." Ainsi leurs prédécesseurs traitaient de menteurs (les messagers) jusqu´à ce qu´ils eurent goûté Notre rigueur. Dis: "Avez-vous quelque science à nous produire ? Vous ne suivez que la conjecture et ne faites que mentir". » (Coran 6.148)

Telle est la réponse donnée par le Seigneur à ceux qui justifient leur malheur par le destin de Dieu. A Dieu appartient l'argument péremptoire. La réponse que donne Dieu est explicite, car reposant sur deux évidences indiscutables que ne dénie que celui qui préfère l'aveuglement à la bonne direction, et mérite ainsi de périr.

La première de ces évidences est le fait que les négateurs anciens aient subi la colère et le châtiment. S'ils n'avaient pas librement commis ce qu'ils commirent comme crimes, péchés, impiétés et associationnisme, Dieu ne les aurait pas châtiés, Dieu étant Juste et ne lésant personne. Celui qui invoque le destin pour justifier la négation et la désobéissance est soit un croyant en l'existence de Dieu soit un négateur de Dieu. S'il est croyant, il lui faut croire en l'équité de Dieu, l'injustice étant une insuffisance qui ne sied pas au Créateur. Arguer du destin pour se décharger de la responsabilité du mal que délibérément l'on accomplit, c'est laisser entendre que Dieu est injuste. Or cela est en opposition avec la foi en Dieu Tout-Puissant. Quant au négateur qui justifie son mauvais comportement par le destin, il ne mérite pas qu'on lui réponde car étant démuni de l'essentiel, la foi en Dieu.

La deuxième de ces évidences réside, quant à elle, dans le fait que celui qui argue du destin pour justifier son impiété et sa désobéissance affirme de Dieu ce qu'il ne sait pas. Car comment peut-il dire que Dieu lui a assigné l'impiété ou la désobéissance avant même d'en être coupable dans la réalité ? L'échéance du destin demeure une chose invisible que Seul Dieu Tout-Puissant connaît, et Dieu prescrit à l'homme obéissance et conformité à Son ordre, avant que celui-ci ne commette ce qui lui est interdit. En d'autres termes, comment un homme peut-il dire : « Mon Seigneur a décrété que je volerai. Je m'en vais donc réaliser Son destin. » A-t-il pris connaissance de ce qui est inscrit dans la Table protégée [Lawh Mahfûz] pour prétendre connaître ce que Dieu a décrété pour lui ? Dieu ne peut à la fois interdire à l'Homme toute forme de désobéissance et le pousser à se rebeller contre Lui.

C'est par un tel argument péremptoire que Dieu sape les arguments de ceux qui cherchent dans le destin excuse à leur rébellion. Dieu dit : « Quand ils pratiquent une turpitude, ils disent : « Nous l'avons trouvée en usage chez nos pères. Dieu nous l'a donc prescrite. » Dis : « Quant à Dieu, Il ne prescrit pas la turpitude ! Imputez-vous à Dieu ce que vous ne savez point ? » (Coran 7.28)

Ce style dont use le Coran pour réfuter les thèses de ces gens et de leurs semblables, vise à corriger leur façon de penser. Il leur montre que Dieu attend d'eux d'exécuter Ses ordres et de se détourner de Ses interdits et non de scruter l'Inconnu pour s'y adapter.

On a présenté un ivrogne au Calife Omar ibn al-Khattab qui ordonna de lui appliquer la peine : l’ivrogne dit : « Par Allah, O Emir des croyants, c’est Dieu qui m’a prescrit cela. » Le Calife dit : « Appliquez-lui deux fois la peine, une fois pour avoir bu du vin, et une fois pour avoir forgé un mensonge contre Dieu »

Il ne convient pas de discuter le destin, car il nous est caché

Il suffit au croyant d'en saisir le sens et les degrés et d'y ajouter foi. Il lui faut croire que Dieu sait tout, et qu'il est le Créateur de tout. Ce qu'il ne veut pas ne saurait être. Il est Equitable, ne lèse personne et Il est Sage, Ses actes n'étant pas futilité. Ce dont nous avons besoin, Dieu nous l'a montré et ce qu'Il ne nous a pas dévoilé, nous n'avons pas à chercher à le percer, sinon nous divergerions et péririons.

Notre raison est limitée ; son rôle n'est pas découvrir l'insondable que Dieu Seul connaît, mais de créer la civilisation sur terre. La seule attitude qui nous sied est la soumission et la foi en ce que Dieu nous dévoile au sujet des questions concernant l'Inconnu ; c'est le cas de la relation entre la création par Dieu des actes [humains] d'une part et la volonté de l'Homme ainsi que l'accomplissement de ce dernier de ces actes, d'autre part.

C'est pourquoi, l'Envoyé de Dieu a interdit de débattre de la question du destin. L'imam Ahmad a rapporté, d'après le grand-père de 'Amru Ibn Chu'ayb : « Le Messager de Dieu sortit un jour et entendit des gens discuter du Destin. Son visage est devenu si rouge de colère qu'on aurait dit que des grains de grenade ont été pressés sur ses joues. Il dit : « Qu'avez-vous à opposer une partie du Livre de Dieu à une autre ? C'est cela qui a causé la perte de ceux qui vous ont précédés. »

Un homme interrogea 'Ali sur le Destin. Il lui répondit : « C'est une voie obscure, ne l'emprunte pas ! » L'homme dit : « Informe-moi sur le destin » Il dit : « C'est un océan sans fond, ne t'y engage pas ! » Et l'homme de réitérer sa demande : « Informe-moi sur le destin » Il dit : « C'est le secret de Dieu. Ne cherche donc pas à le percer ! »

Combien sont justes ces paroles de l'imam At-Tahâwî : « Le destin est le secret de Dieu dans Sa création. Il ne l'a dévoilé ni à un Ange rapproché ni à un Envoyé. Celui qui approfondit cette question et spécule sur elle, est abandonné [par Dieu], privé [de Ses faveurs], car dépassant les limites. Ne la médite pas et ne te laisse pas obnubiler pas elle ! Car Dieu n'a rien révélé, à Ses créatures, de la science du destin et leur a interdit d'aspirer à la percer. Dieu dit : « Il ne Lui est pas demandé compte de Ses actes, mais il leur est demandé compte des leurs. » (Coran 21.23). Celui qui demanderait : « Pourquoi Dieu a fait ceci ou cela ? » aurait rejeté le jugement du Livre, or celui qui le fait renie Dieu.

C'est là la somme de ce dont a besoin l'allié de Dieu, à qui Dieu a illuminé le coeur, et qui est enraciné dans la science. C'est qu'il existe deux sortes de sciences : la science accessible à la création et celle qui lui fait défaut ; nier la première revient à renier Dieu, et prétendre posséder la seconde est une impiété. L'on n'a véritablement la foi que si l'on accepte la science révélée et que l'on renonce à la science dévoilée.

L'impact de la foi dans le destin sur la vie du musulman :

L'Islam se fonde sur la soumission à la Sagesse et au vouloir divins, ainsi que sur l'abstention de toute question sur les détails de la sagesse Divine touchant les commandements et les interdits. C'est là le comportement qu'observaient les compagnons du Prophète. Sans soumission il n'est pas d'Islam, le premier degré dans la vénération de l'Ordre consiste à y ajouter foi ; vient ensuite la ferme volonté de s'y conformer, puis enfin l'empressement à l'accomplir.

Touchant la question du Destin, les Compagnons, les générations suivantes [Tabi'ûn], et l'ensemble des gens de la Tradition et du hadith affirment à l'unanimité que tout ce qui est et sera jusqu'au Jour de la résurrection, est inscrit dans le Livre mère [Umm Al-Kitâb].

Ibn Ad-Daylamî a dit : « Je me rendis auprès d'Ubayy Ibn Ka'b et fui dis : « Je suis troublé au sujet du destin, aussi parle-moi, peut-être que Dieu chassera le trouble de mon coeur. Il me dit : « Si Dieu châtiait les habitants des cieux et de la terre, Il le ferait sans être injuste envers eux. S'il leur faisait miséricorde, Sa miséricorde serait meilleure pour eux que leurs propres oeuvres. Si tu dépensais l'équivalent de la montagne d'Uhud en or pour la cause de Dieu, Il ne l'accepterait de toi que si tu crois au Destin et que si tu sais que ce qui t'atteint ne devait te manquer. Si tu mourais en n'y croyant pas, tu entrerais en Enfer. » Après cela, je suis allé voir Ibn Mas'ûd et Hudhayfa qui m'ont dit la même chose, puis, je suis allé voir Zayd Ibn Thâbit qui m'a rapporté des paroles du prophète  confirmant tout cela » (Rapporté par Abu Dawud, Ibn Maja, Ahmad)

A l'article de la mort, 'Ubâda Ibn As-Sâmit dit à son fils : « Ô mon fils ! Tu ne goûteras véritablement à la foi que lorsque tu sauras que ce qui t'a atteint ne pouvait te manquer et que ce qui t'a manqué ne t'était pas destiné. Car j'ai entendu l'Envoyé de Dieu dire : « La première chose que Dieu créa fût la plume. Il lui ordonna : « Ecris ! » Et elle demanda : « Seigneur, que dois-je écrire ? » Il dit : « Ecris la mesure de ce qui, jusqu'au Jour de la Résurrection, aura lieu. » Ô mon enfant ! J'ai entendu le Messager de Dieu dire : « Celui qui meurt en croyant à autre chose que Cela ne fait pas partie de ma Communauté. » [Abu Dawud]

La foi dans le destin avait profondément imprégné les esprits des Compagnons du Messager de Dieu. Ils s'élancèrent dans les contrées de la terre en la portant en eux telle que la leur a enseignée l'Envoyé de Dieu . Ibn 'Abbâs a rapporté que le Prophète lui a dit : « Ô jeune homme ! Montre-toi attentif envers Dieu et Dieu te protégera. Montre-toi attentif envers Dieu et tu Le trouveras à tes côtés. Si tu demandes, adresse-toi à Dieu. Si tu sollicites une aide, sollicite-la de Dieu. Sache que si toute la communauté se réunissait pour t'apporter un quelconque bienfait, tu ne profiteras que de ce que Dieu a inscrit pour toi. Inversement, si elle s'unissait pour te nuire, elle ne pourrait le faire que dans la mesure où cela a été décrété par Dieu. Désormais, les plumes de la destinée sont rangées et l'encre des feuilles est séchée. » (Rapporté par At-Tirmidhî qui le qualifie de hadith bon.)

Cette croyance dans le destin a empli les coeurs des compagnons de sérénité et leurs esprits de quiétude, et a développé en eux le sens de la fierté ; c'est pourquoi ils transmirent cette religion à l'humanité, regardant comme peu de chose les forces de la terre qui s'opposèrent à leur mission. Il a été demandé à Salmân Al-Fârisî : « Que veulent dire ces paroles que répètent les gens : « Jusqu'à ce que tu croies au destin qu'il soit bon ou mauvais » ? Il dit : « [Tu n'auras la foi] que si tu crois que ce qui t'a manqué ne t'était pas destiné et que ce qui t'a atteint ne pouvait te manquer. » C'est là la conviction de l'ensemble des compagnons du Messager de Dieu .

Qu'il est grand le bonheur de l'esprit imbibé de cette croyance ! Qu'il est téméraire le courage des coeurs qui ont la conviction que le décret revient à Dieu et nullement aux créatures ! Toutes les puissances de la terre ne peuvent tenir tête à un homme qui porte un tel principe et une telle foi. Cela explique les oeuvres que réalisèrent les premiers croyants. Certes elles tenaient du miracle, mais c'était la pure réalité.

Les grandes réalisations du Messager de Dieu et de ses nobles compagnons ont été le fruit de leur foi en Dieu, au Jour dernier et au destin. Seul l'homme qui jouit du bonheur de porter en lui le dogme du destin, qui sait que ce qui l'a atteint ne pouvait le manquer, que si tous les gens lui voulaient du mal, ils ne le pourraient que dans la mesure où Dieu l'a décrété, que nul être ne trépassera avant de consommer sa part et d'atteindre son terme [prédéterminé], peut s'affranchir de la servitude aux créatures pour n'être le serviteur que de Dieu, Seigneur de l'Univers. Il ne peut s'incliner devant les forces de la terre, alors qu'il sait que le décret appartient au Créateur des cieux et de la terre et de ce qui s'y trouve. Comment peut-il s'asservir à un être de poussière comme lui ?

Ibn Rajab a dit : « Celui qui réalise que toute créature sur terre est poussière, comment peut-il donner dès lors préséance à l'obéissance envers celui qui est poussière sur celle [due] au Seigneur des seigneurs ? Comment peut-il satisfaire la poussière en s'attirant le courroux du Possédant et Donateur gracieux ? C'est là vraiment une chose absurde ! »

La foi dans le destin, lorsqu'elle emplit le coeur, en évacue toute empreinte de lâcheté, poussant ainsi l'homme à lutter contre les négateurs et les despotes sans faire cas de leurs moyens et de leurs méthodes. Pourquoi tenir compte d'eux alors que Celui qui a créé toute chose lui a garanti qu'il ne mourra que s'il puise sa part de ce monde et que si son terme échoit ? Pourquoi être lâche alors qu'il sait que ce que Dieu a décrété pour lui ne le manquera certainement pas et que ce qui ne lui est pas destiné ne l'atteindra jamais ?

L'âme qui croit au destin de Dieu - Gloire à Lui - jouit d'un autre bienfait qu'aucun bienfait temporel n'égale, c'est l'état de satisfaction qui est le sien dans tous les cas. C'est qu'elle observe que l'arrêt de Dieu s'accomplit selon Son ordre, Sa volonté et Sa direction. Elle considère que les événements sont régis par la Sagesse et la volonté de Dieu, car Dieu sait et les gens ne savent pas. Dieu dit : « Vous pouvez ne pas aimer ce qui vous est bon et aimer ce qui vous est mauvais. Dieu sait et vous ne savez pas » (Coran 2.216)

Elle sait que Dieu qui a décrété pour elle le bien ou le mal est Sage et Tout-Miséricordieux ; c'est pourquoi elle ne méprise pas le bienfait de Dieu et ne s'afflige pas lorsqu'un malheur la touche. Elle est reconnaissante dans la prospérité et endurante dans l'adversité. Tout est source pour elle de bien, comme le dit le Prophète : « Que l'affaire du croyant est étonnante ! Tout lui est bénéfique, et cela n'est réservé qu'au croyant. Si un Bien le touche, il en remercie Dieu et ceci est un bien pour lui. Et si un malheur le frappe, il le supporte, et cela est aussi un bien pour lui. » (Muslim)

Le croyant est celui qui considère le malheur qui l'atteint comme procédant du destin de Dieu, et qui fait confiance à Dieu et se satisfait de ce qu'il lui a imparti. Sa politesse l'empêche de contester le décret de Son Seigneur et Créateur. Il agrée ce qui lui arrive et l'endure. Nous lisons dans les deux Sahihs cette parole du Prophète : « Les plus éprouvés parmi les gens sont les Prophètes. Viennent, après eux les meilleurs et ainsi de suite. L'épreuve de l'homme est fonction de sa foi. Si celle-ci est solide, il sera très éprouvé, mais si elle ne l'est pas, il subira des petites épreuves. L'homme ne cesse d'être éprouvé jusqu'à marcher sur terre, ne portant aucun péché. »

A la lueur de cette conception procédant de la foi, s'élevèrent les esprits et les âmes des Compagnons et s'aiguisèrent leurs consciences au point que s'équivalurent à leurs yeux prospérité et adversité, gratitude et endurance. C'est ce qu'exprime 'Umar  : « Si la patience et la gratitude étaient deux chameaux, je ne me soucierai pas de monter l'un ou l'autre. »

Se satisfaire du destin, endurer l'épreuve et être confiant dans le jugement de Dieu Tout-Puissant figurent les plus importants piliers sur lesquels se fonde la quiétude intérieure, ainsi que les motifs, les plus marqués, de l'élancement de toute l'énergie humaine dans le labeur sur terre selon la méthode divine. Ni arrêt sur le passé, ni regret, ni remords, mais simplement une confiance dans le destin et dans la volonté de Dieu.

La foi dans le destin engendre la paix du coeur, le repos du corps, de l'esprit et des nerfs, et éloigne les soucis et l'affliction. Ainsi, le croyant ne souffre ni de déchirement psychologique ni de tension nerveuse, ni d'anomalie, ni de dédoublement de personnalité. Il est dans la satisfaction, la quiétude, le bonheur, l'apaisement que procure la certitude, la joie, la tranquillité de la conscience, l'épanouissement, la confiance dans la Miséricorde, la justice, la science et la sagesse de Dieu. Car Dieu est le refuge contre les murmures sataniques et contre les idées lancinantes.

Les conséquences de la foi dans le destin sur le vécu des gens et sur la vie sur terre sont positives et considérables. Quant aux sociétés qui ont renoncé à cette croyance et renié Dieu et Sa direction des affaires de la vie, leur part, dans la vie ultime, sera le châtiment humiliant et éternel. Dans le monde immédiat, elles ne trouvent pas le bonheur et connaissent la tension nerveuse, et leur vie est pleine de gêne, conformément à la parole de Dieu, Exalté soit-Il : « Qui suit Ma bonne direction ne s'égare ni ne peine. Qui s'écarte de Mon Rappel aura vie d'étroitesse. Et le Jour de la résurrection, Nous le ramènerons aveugle. » (Coran 20.123)

Avoir foi dans le destin n'exclut pas l'adoption des causes :

Il ne faut pas perdre de vue que le recours aux causes secondes est une chose qui s'impose à nous, en plus de la confiance en Dieu Tout-Puissant (Tawakul), de la conviction qu'Il règne sur tout et que les causes n'aboutissent à leurs effets que si Dieu - Gloire à Lui et Exalté soit-Il - le permet. Le Créateur des causes est Celui-là même qui a créé les effets.

Pour espérer avoir une progéniture pieuse, il faut entreprendre ce qu'il faut, autrement dit se marier, cependant la descendance n'est pas corollaire du mariage, cela dépendant de la volonté de Dieu le Puissant Irrésistible, le Sage, le Gracieux, et le Très Informé. Dieu dit : « Il donne des filles à qui Il veut, Il donne des fils à qui Il veut, ou ensemble des fils et des filles, et Il rend stérile qui Il veut, car Il sait et Il peut. » (Coran 42.49)

C'est pourquoi le musulman ne peut que recourir aux causes, s'il y renonce, en n'allant pas par exemple au devant de sa subsistance, il commet un péché, nonobstant que sa subsistance dépend de Dieu, Exalté soit-Il.

L'Envoyé de Dieu a montré que les causes légales relevaient du Destin. Il lui a été demandé : « Selon toi, les formules que nous récitons pour nous protéger, les remèdes que nous absorbons et les précautions que nous prenons pour nous préserver, peuvent-ils écarter une chose que Dieu a décrétée ? » Il répondit : « Ils font partie du décret [Qadar] divin » (Rapporté par Ibn Maja)

Se tourner entièrement vers les causes et considérer qu'elles déterminent les effets est une forme d'associationnisme. Les nier est une preuve de la déficience de la raison. Ne pas tenir compte des causes légales revient à dénigrer la religion. C'est pourquoi, l'Envoyé de Dieu a ordonné [aux musulmans] de se soigner. Les auteurs des Sunans ont rapporté, d'après Usâma Ibn Charîk  : « Je me rendis auprès du Prophète, ses Compagnons étaient immobiles et silencieux. Je les ai salués avant de me joindre à eux. Commencèrent à arriver les bédouins qui dirent : « O Messager de Dieu, devons-nous nous médicamenter ? » Il dit : « faites-vous soigner, car il n'est de mal auquel Dieu n'a donné un remède, hormis un seul : la vieillesse. »

Nous lisons dans les deux Sahîhs, d'après Abu Hurayra  : « A chaque mal qu'il fait descendre, Dieu fait descendre son remède. »

Le commentateur "d'Al-'Aqîda At-Tahâwiya" a dit à ce propos : « Certains pensent que la confiance en Dieu [Tawakkul] exclut la quête de la subsistance [Iktisâb] et le recours aux causes, dès lors que tout a été prédestiné. C'est là une conception erronée. C'est que la quête de la subsistance peut être obligatoire, recommandée, blâmable ou illicite. En outre, le Prophète était le meilleur de ceux qui s'en remettaient à Dieu, pourtant il portait la cuirasse pour le combat et fréquentait les marchés pour gagner sa vie. »

C'est ainsi que les nobles Compagnons comprenaient la relation entre la foi dans le destin et le recours aux causes, ces dernières s'insérant dans la foi au destin et ne s'y opposant aucunement. Elles constituent au contraire l'une de ses implications.

Al-Bukhari a rapporté que « se rendant en Syrie, 'Omar rencontra les gouverneurs de provinces qui l'informèrent de l'expansion de la peste en Syrie. 'Omar demanda alors conseil aux Emigrants et aux Auxiliaires, puis aux vieux Quraychites ayant émigré peu de temps avant la conquête de la Mecque. Les émigrants étaient d'avis de rebrousser chemin pour fuir la peste. Omar se rallia à leur opinion et ordonna la retraite. C'est alors qu'Abû 'Ubayda lui dit : « Fuis-tu le Destin de Dieu ? » Il reçut alors cette réponse : « J'aurai compris si quelqu'un d'autre que toi m'avait tenu ce langage ! Oui, nous fuyons le Destin de Dieu vers le Destin de Dieu. Vois-tu, si tu possédais des chameaux qui s'étaient arrêtés pour paître dans une vallée : une partie dans un versant verdoyant et l'autre dans un versant ingrat. N'est-ce pas que s'ils paissaient dans l'un ou l'autre des deux versants ils le feraient d'après le destin fixé par Dieu ? »

C'est pourquoi Omar Ibn Al-Khattâb réprimanda un groupe de Yéménites qui se rendaient au pèlerinage sans provisions. Mu'awiya Ibn Qurra a dit : « Rencontrant des gens du Yémen, 'Umar leur demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils dirent : « Nous sommes ceux qui s'en remettent à Dieu » Il leur dit alors : « Vous vous en remettez plutôt aux gens [Muta'âkilûn]. Car celui qui fait confiance à Dieu sème les grains puis s'en remet à Dieu. »

Un homme demanda l’avis du Prophète s’il devait attacher sa chamelle ou s’en remettre à Dieu, le Prophète lui dit : « Attache-la et confie-toi à Dieu » (Tirmidhi)

En d'autres termes, l'être humain doit à la fois employer tous les moyens en sa possession pour agir et en même temps, placer sa confiance Dieu.

Tel était le cas d'Hajar, lorsqu'elle et son fils Ismael, seuls dans le désert, souffraient de soif. Elle ne se résigna pas à attendre que son destin se réalise sans réagir ; au contraire elle courut à sept reprises entre le Mont Saffa et le Mont Marwa, à la recherche de tout ce qui pouvait l'aider, jusqu'à ce que Dieu ordonna à un ange de lui faire jaillir une source d'eau de la Terre.

« Et quiconque craint Allah, il lui donnera une issue favorable, et lui accordera Ses dons par [des moyens] sur lesquels il ne comptait pas. Et quiconque place sa confiance en Allah, Il [Allah] lui suffit. » Coran 65.3

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